The Hermit’s Journal

Moving through time…

It’s a grey and foggy day, down here by the Willimantic. No traffic on the bridge, no one walking back into the thickets by the river. I’m fortunate that the water’s cold, even this winter when we’ve had no snow and the raging theories of climate change continue to rattle people’s consciousness. Maybe someone will listen. Maybe someone will act.

My shelter is invisible to others. They think I have a hut somewhere, that I’m sitting down in the tall grasses just to watch the ducks or to catch sight of a passing fish. Nothing more to add. I’ve put all the poems in the fire. They burn well, warm the night, stir the clouds, send out signals to the young. Keep your thoughts. Record the passing and pass on the ephemeral. Anyway, I’ve found a new nest down here, lined with thoughts and dreams. Sometimes the rain fills it, spilling silver and gold onto the dirt. Someone might come along before dusk. Walking slowly along the path. It’s narrow, there’s no room to falter. The water is near. Cold tonight, rippling through our veins.

January 1, 2022

The din of conversations streaming by, tires on wet pavement, whistles above the trees, a softening of color, the sky is grey, the sky is gentle blue. It’s time to head up to the café, share a table with someone, ask for hot black tea and a folded roll shining on the plate. It’s a ways to the café, but the wind is calm this morning and I’ll take the canoe as far as I can, then the old blue bike up the road, down the road. I’m dreaming conversations now, words simmering in my veins, hiding in my pockets, curling up in the warm folds of my scarf, knit with milkweed floss and sunlight. The river is sweet today, singing along, the fish somewhere out of sight, the ducks still among the grasses. There’s no ice here, no snow. It’s been raining all month, perfume of melting glaciers, perfume of worry and concern, perfume of images left beside the bed, left beside the fire, the door…the windows are now open so wide they escape, images out in the air, fleeing, flying, they aren’t here anymore, they’ve gone across the Atlantic to see if any fragments remain over there, under there, up where the ice has caught fire and the birds are growing inordinately wild wings to take them out of here, out of this noxious atmosphere, into dreamland and pure-land, into a space made for peace and harmony, where the light is clear and the evening brings us all together.

January 14, 2022

J’écris ce soir pour tirer du néant le soleil de la mort, pour attirer les conséquences désastreuses des grands voyages de l’âme, pour empêcher que tout soit coincé entre le jour qui arrive et celui qui l’a précédé, j’écris pour ouvrir la plaie, pour célébrer le corps exaltant, pour réduire au silence les bagarres de l’esprit, pour inviter quelque chose de difficile à faire son nid dans mon âme, pour empêcher que tout soit une ligne de plus dans un dessin méconnu, j’écris pour établir les profondeurs où toute pensée se noiera, j’écris pour tordre l’arbre magique, pour tirer sur la pierre qui roule hors de contrôle, pour mettre des bouches de bouleaux dans un grand tas de silence, pour risquer le feu qui léchera mon cou, brûlera ma langue, rongera mon ventre, j’écris pour te suivre, présence dont il n’y aura jamais de nom, pour suivre cet indicible et obscur mouvement du corps face à la disparition, face à la confusion cosmique, face aux désastres répétés, aux inondations du territoire humain, aux incendies du cœur qui ne cesse de veiller sur la perte, la ruine, l’indigence, j’écris pour participer à la douleur, pour offrir la main aux autres, pour éviter que tout se désintègre, que les masques tombent sur des braises bleues, sur l’explosion de toute matière, pour rejoindre ce que nous perdons au moment de la naissance, cette intuition des crises à venir, cet instinct de survie qui appartient au sang et aux muscles involontaires, pour retrouver le moment qui précède la naissance, le point nul de toute rencontre humaine, l’instant où tout bascule et le corps redevient passage, déchirure et geste.

La nuit est dense, l’obscurité longue. L’hiver nous apporte des heures de lumière intense, de méditation profonde. Chaque soir nous inventons encore une fois la renaissance du monde. La neige, la glace, tout ce qui gèle et tombe du ciel, tout ce qui est glissant et dur, tout ce qui rend la vie quotidienne difficile nous accompagne pendant quatre longs mois, notre saison de Perséphone, du rameau perdu, de la stérilité et de la perte, mais après le solstice nous retrouvons quelque chose de vert au creux de l’âme, dans les fissures produites par les vents féroces de janvier, juste au moment où tout est perdu, où nous n’avons plus d’espoir, où le chêne et l’érable sont des sentinelles raides et mystérieuses qui bougent par des nuits de froidure extrême, laissant au matin des traces de feuilles éblouissantes, de rameaux luisants et purs, d’ombres bleues et mauves sur la surface des champs, dans les trous du renard, à travers le ciel couvert, dans les rayons du soleil soudainement refécondé par le passage de quelque chose de frais et de fragile, par des ailes de granit libérées, par des ailes de mica en révolution. J’écris ce soir pour retrouver la source du regard, pour célébrer l’âme de l’artiste, la folie de vouloir aimer, de vouloir toucher le monde sans intermédiaires, la nécessité de continuer malgré tout ce qui nous empêche de vivre sans douleur, malgré tout obstacle émotionnel ou spirituel, malgré la monotonie et les obligations nombreuses et les échecs inévitables, malgré le désespoir qui nous accompagne quand nous voyons que les autres subissent des épreuves inimaginables, malgré notre grande impuissance et notre manque de courage, malgré tout, dans la simplicité et la foi de notre condition humaine, nous écrivons tous et toutes pour apprendre à vivre, pour ne pas céder au néant, pour vouloir continuer, pour aimer et célébrer ce qui nous rend vulnérables et ce qui nous permet de vivre, en toute simplicité d’esprit en gardant l’espoir d’un monde meilleur.

Le 28 janvier 2022

Je viens de parler avec l’ermite qui m’a raconté l’histoire de la noyée. Il semble qu’une amie de sa sœur soit tombée dans la rivière Willimantic pendant la nuit de vendredi à samedi. La neige est encore très épaisse sur les rives. Ici et là le soleil a créé des plaques de glace bleu clair. Mais comment reconstruire ce qui s’est passé ? Personne n’a rien vu. Il faut inventer ou faire face à la folie. Ariane rêvait. Elle suivait le murmure des voix inconnues en essayant de traverser la rivière sans entrer dans l’eau. Elle portait des feuilles de chêne, des pages d’un livre trouvé dans la rue près du café. Elle en a parlé avec la sœur. Une ombre est passée près d’elle….celle de la lune noire que personne ne voit sauf par les nuits de neige extrême au moment où tout se dissout et la mémoire est suspendue….Les feuilles de chêne s’embrasaient au moment de son passage; les pages du livre pesaient sur son corps frêle. Le lendemain matin, on a retrouvé une des pages sur laquelle ces mots :

« Je ne vois plus que des cristaux détachés / et tu me dis que tout ce silence autour de nous / n’est que rêve et illusion ».

L’ermite est venu au café vers six heures. Il a passé une nuit blanche sur la petite île de la rivière Willimantic après avoir reçu les nouvelles de son amie. Je lui ai demandé s’il avait un bouquet pour elle. Il m’a répondu, « On n’offre pas des fleurs à l’Inconsolable ».

Le 3 février 2022

It’s hard to concentrate this afternoon. The river is still cold, a skim of ice along the edges. Trees waiting, grasses waiting, fish and birds waiting. People waiting also, listening to the harsh winds blowing in from the east, listening to the percussive repetitions, followed by flames. Listening to voices, cries, moans, outrage and sorrow, love and anger. The world is not green anymore. It’s swaying in the brittle brown wind. But the river is still cold, a skim of ice along the edges. While we wait with the trees, with the grasses, the fish, birds, the clouds, the granular strokes of sun coming down so quickly softly, sparkling on skin, we’ll watch for people coming over the hills, speaking a new tongue, drawing with them the dove’s children, the imperceptible blossoms of the language of love. A courageous procession, not always seen clearly. No baskets, no bags, no chests, just arms filled with the fire of forgiveness and the strength of the trees. Speaking and singing in the blue-rose twilight, in the turquoise clear dawn.

March 4, 2022

There’s muttering down by the shore. I heard the voices clearly even though the pounding rain mutes the words, distorts the pauses between sentences. But it’s not a poem or a prayer. It’s not a person speaking to herself. It’s the rocks communicating to each other, to the sky, the water, the dust, the fires burning thousands of miles away. It’s the rocks speaking about destruction, about the loss of compassion, about hatred and rage. There’s no blood left on the shore. It has dissolved the night scarlet, rendered the noon skies livid. The rocks continue murmuring, muttering, at times raising their voices to a fine-tuned humming that sounds like the wild song of winter, the dance of the vernal equinox, the spinning of the full moon. I’ll wait here awhile, over by the spruce. There’s no one else around. I might try to sing to the rocks, even though my voice is so frail, so hollow. Our song will carry the night away, gild the soul with spruce resin and finely ground mica, our song will staunch the blood flowing onto the ground so many thousand miles away.

March 17, 2022

Moving back into time, shifting focus. It’s autumn again and Lac Massawippi is smooth and cool. The border is open, there is no pandemic, no war in Ukraine, no cauldron of sorrow and despair. The lake is pure this evening. Sitting by time, sitting by the streaking fish, seen as clouds of light under the water. Sitting while the trees light the sun, pull in the moon and stars, while Québec glows in the evening dusk, in the soft and magical haze of love.

April 13, 2022

L’ermite a trouvé une feuille sous les buissons près de la rivière sur laquelle quelqu’un a écrit un poème dont la plupart des vers ont été raturés. Il lisait lentement, en se demandant de qui ces trois vers parlaient:

Restent le silence ombrageux de tes derniers mots

ton cri qui coule à travers nos bouches sèches

l’ardeur de ton corps dans nos bras épuisés et tremblants.

Le 24 avril 2022

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